Archives départementales des Ardennes

Un parchemin de 3 mètres de long !

Rouleau du dénombrement de la seigneurie de Sorbon

Ce document prend une forme tout à fait originale : celle d’un rouleau de parchemins cousus entre eux formant un rouleau de près de 3 mètres de longueur. Il s’agit d’un dénombrement rédigé pour Robert Dubus, seigneur de Sorbon et vicomte de Porcien, en 1484. Il détient la seigneurie de par sa mère « dame de Sorbon ».

Dans la société féodale, le vassal doit remettre à son suzerain un dénombrement lorsqu’il prend possession d’une seigneurie que son seigneur lui concède. Un inventaire est alors fait des différentes propriétés, bâtiments et terres possédées mais aussi des droits, taxes et propriétés qu’il y détient. Cette catégorie des « aveux et dénombrements » est plus ou moins précise selon l’importance de la seigneurie, avec des précisions sur la terre possédée, sa qualité (vigne, bois, friche), les terres en censives, avec tous les droits utiles ou honorifiques qui ressortissent au détenteur de la seigneurie. Apparue au XIIe siècle, généralisée au XIIIe siècle, elle est donc tout à fait courante à la fin du XVe siècle et est dressée devant notaire pour lui donner une valeur juridique supplémentaire.

La lecture du texte est parfois difficile mais toute l’organisation de la seigneurie y est décrite. Sont ainsi mentionnés certains droits : sur le four banal (obligation d’utiliser le four du seigneur), la chevauchée (accompagner le seigneur aux armes), droit à toutes les justices (basse, moyenne et haute). Dans la marge de gauche sont notés des informations complémentaires comme des lieux. Pour délimiter ses possessions, certaines surfaces sont indiquées en jours de laboure.

Même si l’état de conservation est correct, certains trous et taches empêchent la lecture de certains mots. Les fils de couture sont également fragiles à partir à certains endroits.

Les Archives départementales des Ardennes conservent un grand nombre de ce type d’aveux et dénombrements mais aucun ne prend, comme celui-ci, la forme d’un rouleau de parchemin de plus de trois mètres de long qui est unique au sein des fonds conservés jusqu’à nous. Héritier des rotuli (rouleaux) des XIe et XIIesiècle, les rouleaux de parchemins ont été particulièrement utilisés par les comptables de la Chambre des comptes de Paris, des rois d’Angleterre, des ducs de Bourgogne et des ducs de Savoie. Ceux conservés aux Archives départementales de la Côte d’Or sont remarquables : il en existe plus de 2000 relatifs aux comptes des châtellenies de la Bresse, rattachée à la France en 1601, et le plus grand mesure pas moins de 100 mètres de long !

Celui des Archives départementales des Ardennes a été acheté en 2024 auprès d’un libraire-bouquiniste ardennais.

Cote 1 J 1612

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