Archives départementales des Ardennes

Dessin du village de La Neuville-en-Tourne-à-Fuy

par le soldat et artiste Erwin Nöbbe

Ce dessin daté du 7 mai 1918 est de Erwin Nöbbe. Il représente la commune de la Neuville-en-Tourne-à-Fuy.

Erwin Nöbbe est né en 1882 à Flensbourg (Nord du land de Schleswig-Holstein) et décède en 1948 dans la même ville. Il est peintre, historien, enseignant, numismate et journaliste allemand. Son père, Jacob Nöbbe et sa sœur, Elsa Nöbbe, étaient également peintres tous les deux. Il suit des études à l’Académie de Berlin à partir de 1901 puis à l’École des beaux-arts de Weimar (centre du land de Thuringe) sous la direction de Ludwig von Hofmann (1861-1945). Grâce à ses connaissances en numismatique, il devient assistant au Musée des Arts Décoratifs de Flensburg en 1907. De 1909 à 1913, il est conservateur au Musée des antiquités patriotiques de Kiel (capitale du Schleswig-Holstein). Pendant la Première Guerre mondiale, il est dessinateur dans un bataillon d’infanterie. Après la fin de la guerre, Nöbbe retourna à Flensburg. En 1920, il conçut des billets d’urgence pour diverses villes du Schleswig-Holstein. Après avoir tenté sans succès de postuler au poste de directeur de musée à Flensburg en 1927, il se tourne vers le journalisme. À partir de 1946, il a été professeur de dessin dans l’établissement Duborg Skolen à Flensbourg géré par des membres de la minorité danoise du sud du Schleswig. Il peignit de nombreux paysages avec pour influence des peintres danois.

En mai 1918 Nöbbe est donc à la Neuville-en-Tourne-à-Fuy. Sur cette vue l’église est en arrière-plan. Les bâtiments autours semblent en assez bon état. Les rues sont désertes. Rien ne semble indiquer que le village est occupé par les soldats allemands depuis 1914. Depuis leur arrivée, un couvre-feu est installé, des soldats habitent les habitations, tout ce qui peut être raflé l’est. Une ferme accueille même des prisonniers russes. À chaque extrémité des rues principales, des barrières sont installées et en 1917 l’une d’elle sépare même le village en deux. Chaque civil sortant hors de son domicile doit porter un certificat d’identité avec sa photographie. Toute communication en dehors du village est interdite. La commune a surtout subi des destructions en avril 1917 et en octobre 1918. Ainsi en avril 1917 alors que le village regorge de troupes, un avion français lance plusieurs bombes. La population se réfugie dans les caves. Au nombre des blessés qui arrivent, la mairie et l’église deviennent des hôpitaux. À la fin du mois les habitants doivent évacuer notamment vers Poix-Terron et Ambly-Fleury. Ils y exercent leur travail obligatoire. En 1935, l’écrivain Jean-Paul Vaillant (1897-1970), évoque ses souvenirs dans L’Enfant jeté aux bêtes (1935). En octobre 1918 il est alors artilleur et écrit « et maintenant je tire sur la Neuville-en-Tourne-à-Fuy, le village de mes cousines […] la rue était encombrée de chevaux morts et de voitures détruites. Suis-je venu ici autrefois ? Est-ce dans une de ces maisons méconnaissables que ma vieille parente me racontait des histoires ? ».

Ce dessin représente donc des bâtiments potentiellement détruits quelques mois plus tard. À la fin de la guerre 84 maisons sur 188 étaient complétement détruites. En 1919 la toiture de l’église est réparée par des prisonniers allemands. La même année une statue de la Vierge a été retrouvée à Charleville. De nouveaux vitraux, cloches et carillon sont installés dans l’église en 1921 et l’harmonium est réparé. Les bancs de l’église sont quant à eux réparés en 1923 et de nouveaux arrivent en1924.

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