Un document inédit sur l’histoire agricole du Rethélois
Bail accordé pour l’établissement d’une vacherie au château de Thugny
En 1572 naît au château de Thugny Claude Moÿ qui épousa en deuxième noce le comte Henri de Lorraine, membre de la famille ducale et titré comte de Chaligny. Celle-ci passa à la postérité par la fondation qu’elle ordonne du couvent des Sépulcrines dans l’enceinte de la ville neuve de Charleville et dans lequel elle est enterrée après son décès en 1627. Leur fils, Henri de Lorraine (1596-1672), hérite du comté de Chaligny (aujourd’hui en Meurthe-et-Moselle), du marquisat de Moÿ (Aisne) mais aussi des seigneuries de Montcornet et de Thugny dans les Ardennes. Il est très attaché à son château de Thugny qui est alors, malgré les attaques perpétrées au cours des guerres de religion, franco-espagnoles et de la Fronde, l’un des plus imposants châteaux de la Champagne septentrionale. Il y rédige son testament en 1660.
Dans un bail daté de 1642 et au château de Thugny, il autorise l’établissement d’une vacherie de « cinquante vaches ou environ » dans la bassecour du château baillée à Jean Valentin. Les vacheries sont des bâtiments agricoles conçus pour l’élevage de vaches. Ils rappellent que le château n’est pas seulement, à l’époque médiévale et à l’époque moderne, qu’un lieu de pouvoir servant de fortification pour une région et d’habitation à une famille noble mais aussi un lieu économique où travaillent des membres de la communauté villageoise voisine. Ce contrat est assez long (4 pages) car il détaille toutes les conditions, permissions et obligations qu’a Jean Valentin pour accomplir ses missions d’entretien du troupeau : parmi celles-ci qui sont nombreuses, figurent son logement pour lui et son ménage, la détention de la clé de la grange pour avoir accès au foing qui servira à nourrir les bêtes, le don de la moitié du fumier au jardinier du château pour la fertilisation des sols, la permission de cuire son pain dans le four du château, le droit de cultiver un potager dans une partie du jardin.
Onze ans plus tard en 1653, un nouveau bail est signé au château de Thugny en faveur de Jean Valentin pour renouveler celui de 1642 avec toujours un troupeau de 50 vaches. Cet acte est beaucoup plus court car s’étendant seulement sur une page, les conditions de travail restant les mêmes.