Guide de l'étranger dans le pays d'Ardenne
Album caricatural de figures ardennaises par Tristan de Pyègne, 1900, 2nde éd.
Tristan de Pyègne, pseudonyme de Charles Bosseux (1860-1915) est né à Villers-Cotterêts. Il imprima plusieurs journaux tout au long de sa vie, toujours avec le même sous-titre « : journal artistique et littéraire ». Son but est d’amuser par le crayon et par la plume. La presse satirique se développe à la fin du XIXe siècle et les artistes caricaturistes osent s’exprimer de plus en plus. En effet la loi du 29 janvier 1881 sur la liberté de la presse leur permet de s’exprimer plus librement car elle supprime l’autorisation préalable avant parution. Le contrôle se fait après mais peut mener toutefois à des répressions.
À 33 ans, en 1893, il lance le journal, La Vie Champenoise illustrée. Deux ans plus tard, son pendant ardennais voit le jour : La Vie ardennaise illustrée. Fondé à Charleville, c’est le premier journal humoristique du département. Hebdomadaire, bimensuel puis mensuel, ce journal artistique et littéraire cessera de paraître en janvier 1903 avec le numéro 158. Tristan de Pyègne essaya également de lancer une version à Nancy, La Vie lorraine illustrée, mais sans succès. En 1903, paraît à Lille le 1er numéro de La Vie flamande illustrée. À peu près en parallèle, il lance un nouveau périodique à Reims, L’Exposition comique, mais un seul numéro sera imprimé.
La version numérisée de La Vie ardennaise illustrée est disponible sur le site internet des Archives départementales. Les AD08 conservent également un recueil coté en 1J 132. Il est constitué de 46 pages (24 illustrées). Tristan De Pyègne y présente les « curiosités naturelles, industrielles, commerciales, artistiques et individuelles de chacune des localités de notre beau département ». On y retrouve son style caractéristique avec des personnages à grosse tête, réalisée de manière réaliste, et petit corps. Parfois son style se fait plus « cartoon » quand il dessine des chevaux par exemple. L’artiste se caricature lui-même à plusieurs reprises et se fait parler. L’album débute par Charleville, puis Mézières, Sedan, Revin, Vouziers, Carignan, Château-Porcien, La Horgne, Rethel. Comme dans La vie ardennaise illustrée, on y retrouve de nombreuses personnalités ardennaises de l’époque : députés, conseillers généraux, maires, militaires, médecins, personnel de l’administration préfectorale et personnalités du monde de la culture. Les noms et prénom de chacun ne sont pas toujours inscrits à côté de leur caricature puisque les contemporains de Tristan de Pyègne connaissaient certainement ces personnalités. De même, le lecteur du XXIe siècle doit connaître le contexte d’alors pour comprendre tous les commentaires humoristiques du caricaturiste/journaliste. De Pyègne dessine aussi quelques lieux comme le vieux moulin, la place ducale ou encore le mont Olympe à Charleville. Aucune femme n’est caricaturée. Une cycliste anonyme est représentée à la 1ère page consacrée à la ville de Sedan, avec pour légende « Beaucoup de cyclistes d’un sexe opposé à Turenne (voyez pouce) dans cette Ville ». À une autre page une femme berce un bébé avec en légende « Revin, « vieille ville espagnole », le type andalou est conservé par la population féminine ». Quelques autres femmes illustres des publicités.
En plus des publicités classiquement situées sur les pages intérieures de la couverture, d’autres sont lisible au fil des pages, entre les dessins. Par exemple pour le restaurant Antoine avenue de la gare à Charleville ou encore pour le journal La Vie ardennaise. Sur au moins 14 pages, on retrouve la mention « À la belle jardinière » ou « Achetez vos vêtements à la Belle jardinière » ainsi que d’autres déclinaisons. Soit avec une illustration, soit seul le nom de la boutique est indiqué. Parfois la mention de la boutique apparaît plusieurs fois sur la même page. Cette boutique de vêtements était située à Charleville.