Lettre de l’officier supérieur d’artillerie Villeneuve-Flamalens
Concernant le transfert à Paris des armes et armures anciennes déposées à la salle d’armes du château de Sedan, 1797
Ce document de 8 pages sous la cote 1J 74 date du 12 Frimaire l’an 6. Il est rédigé par l’officier supérieur d’artillerie Villeneuve-Flamalens, qui écrit depuis Charleville au Général de Division Durtubie (1741-1807), Directeur du Dépôt de Plans et Modèles de l’Artillerie de la République française à Paris.
Cette longue lettre intervient dans un contexte post-révolution. La création du Dépôt de Plans et Modèles de l’Artillerie s’inscrit dans une volonté de centralisation du matériel militaire. Dès 1793, un dépôt d’armes anciennes est institué, puis en 1796-1797 le Directoire exécutif ordonne le rassemblement à Paris des collections d’artillerie provenant de province et des saisies révolutionnaires. De nombreuses armes et armures dispersées sur le territoire sont donc récupérées et transférées vers la capitale. Situé à Paris (Saint-Thomas-d’Aquin), ce dépôt devient le musée d’Artillerie en 1797, puis le musée impérial d’Artillerie en 1806. Il est finalement transféré aux Invalides puis fusionne en 1905 avec le musée historique de l’Armée pour former l’actuel musée de l’Armée.
Ici, le Ministre de la Guerre souhaite faire réunir au Dépôt de l’Artillerie à Paris la collection d’armures antiques qui se trouve au château de Sedan. Il en donne la responsabilité à l’officier Villeneuve-Flamalens pour choisir et organiser le transport de ce qui y sera envoyé.
Changement de plan, la direction de l’opération est finalement confiée au Général lui-même. L’officier Villeneuve-Flamalens souhaite donc aller à Sedan pour faire un état des lieux et proposer des choix jugés pertinents. Il souligne également l’importance de vérifier l’emballage des armures, notamment les armures équestres, plus complexes. Il estime que la partie de la collection ayant souffert d’un manque d’entretien n’a pas à figurer dans celle de Paris.
Cependant, Villeneuve-Flamalens propose quelques pièces qu’il estime dignes de figurer dans la collection du Dépôt de l’Artillerie, et qu’il détermine par l’exécution du travail, leur antiquité ou les noms mémorables s’y rapportant.
S’y trouvent notamment indiquées dans la lettre les armures équestres ou pédestres de Renard de Montauban ; Godefroi de Bouillon, roi de Jérusalem ; François Premier, roi de France ; Jeanne d’Arc « La Pucelle » ; Frédéric, roi de Bohême ; Roland le Furieux ; le Grand Gustave ; un roi de Pologne ; plusieurs Princes de la maison de Bourbon et de celle de Bouillon ; des Princes et Princesses de France et plusieurs généraux importants. Il pense également à quelques pièces détachées d’armures d’ancienne chevalerie. A la suite de cela, il espère obtenir les recours et autorisations nécessaires pour le transport des pièces vers Paris.
La deuxième partie de la lettre rapporte le souhait de s’attarder sur des collections supplémentaires, d’armes, d’artillerie, ou des collections archéologiques complètes, qu’il nomme. Villeneuve-Flamalens évoque aussi son vœu de réaliser une collection lors de la création de la manufacture de Moulins (03) dont il fut en charge. Son projet de faire exécuter une collection semblable à celle des armures pour les armes à feu a finalement été rejetée par les révolutionnaires.
Huit armures sont actuellement exposées au château de Sedan, prêtées par le musée de l’Armée, du 29 novembre 2025 au 21 septembre 2026. Elles proviennent de la galerie des Antiques du château fort, où étaient conservées les collections d’armes et d’armures des seigneurs puis princes de Sedan.