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Activités culturelles

" Monographies " de communes de l'arrondissement de Charleville

Quand les instituteurs racontent les villages ardennais en 1855

Dans le fonds des archives privées, les Archives départementales des Ardennes conservent un registre des plus original puisqu’il s’agit de monographies des villes de l’arrondissement de Charleville, réalisées entre 1855 et 1860 par les instituteurs communaux, à la demande expresse de l’inspecteur primaire de l’arrondissement de Rocroi, Monsieur Nozot (à noter cependant que ni la ville de Charleville, ni la ville de Mézières ne sont concernées).

Ce document nous est parvenu grâce à la démarche d’une lectrice qui le détenait depuis de nombreuses années et qui en a fait don au département. Coté 1J 1115, ce registre est dans un état précaire, avec une reliure très fragile et des encres différentes les unes des autres, qui ont parfois subi les assauts du temps. L’intérêt de ce document est cependant indéniable. Tout d’abord, il permet d’avoir un aperçu historique des communes à l’époque et a l’avantage d’être réalisé selon la même trame pour toutes les communes. Sont ainsi systématiquement évoqués les 13 thèmes suivants qui devaient faire partie du questionnaire d’origine émanant de l’inspection primaire :

  • Population de la commune, son origine
  • Noms de rivières, ruisseaux qui traversent son territoire
  • Montagnes remarquables
  • Date du plus ancien registre de l’état civil
  • Date de l’église, ses fondations, légendes, inscriptions
  • Hommes remarquables de la commune
  • Mœurs et coutumes du pays – anecdotes populaires
  • Histoires de châteaux, abbayes, monuments
  • Faits historiques qui se rattachent à la localité
  • Antiquités, médailles, monnaies, ruines
  • Productions naturelles du pays
  • Industrie, mines, fabriques
  • Phrase en patois du pays traduit en français

 

Il est à noter que la dernière thématique, le patois, a certainement dû être rajouter a posteriori puisqu’il s’agit souvent d’un papier collé en fin de questionnaire.

 

À partir de ces « questions », on s’aperçoit ensuite, à la lecture du registre, que les réponses des instituteurs communaux reflètent souvent leur personnalité, tout du moins a minima leur zèle.

 

 

Pour les plus zélés, le développement atteint 20 pages, comme pour la commune de Renwez, très complète dans les détails. L’instituteur, un dénommé Bouché, ajoute même un « tableau synoptique indiquant par ordre de date les hommes qui ont fait partie des diverses administrations de la commune » et remontant notamment jusqu’en 1606 pour les curés et doyens, quelle aubaine pour les historiens locaux !

 

 

Une lecture approfondie permet enfin d’y découvrir quelques écrits savoureux. L’exemple de la commune d’Élan est le plus frappant. Quel est d’après vous, l’origine du nom de la commune selon l’instituteur d’alors ? son nom proviendrait de l’abbaye d’Élan, ainsi appelé du nom du quadrupède Élan qu’on a trouvé en ce lieu… vraiment ?

 

Par ailleurs, les éléments les plus surprenants à consulter se trouvent être les réponses à la question concernant les mœurs et coutumes du pays. Ainsi les habitants sont en général décrits comme doux, paisibles, laborieux et travailleurs, avec de nombreux autres adjectifs flatteurs.

Mais certains enseignants, semblant considérer l’Ardennais moyen comme inférieur à leur état d’instituteur écrivent que les habitants « laissent à désirer sous le rapport de la civilisation », « ils vivent entre eux en mauvaise intelligence » ou alors comparent des communes limitrophes : « …Très intelligent pour son état de ferronnier,… le peuple de Nouzon, d’une taille moyenne, est fort et diffère des autres peuples circonvoisins, comme Neufmanil, Gespunsart, Joigny et Braux, peuple cloutier, par un physique moins altéré et par une constitution moins vicieuse. »

Mieux vaut ne pas être un Ardennais trop susceptible !

Plus qu’une description des communes de l’arrondissement, dans laquelle on peut bien sûr retrouver de précieuses informations historiques, on peut également considérer ce registre comme une étude sociologique des instituteurs et de leur rapport à la population locale et leur avis, parfois peu nuancé et très caricatural.

Il se termine par une table des matières où sont mentionnées toutes les communes concernées avec leur numéro de page.


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